1 novembre / Frontière de l’invisible ou absurde sans écho ?

Teatrino Palermo. Photo Hervé Véronèse © Centre Pompidou

Teatrino Palermo. Photo Hervé Véronèse © Centre Pompidou


Aujourd’hui le Teatrino Palermo de Pierre Leguillon était confié, comme prévu, à l’artiste autrichien Martin Beck.
Hier déjà, Cécile Bart en avait métamorphosé la fonction attendue. Loin du spectacle de marionnettes, elle proposa un accrochage de plusieurs de ses œuvres de petit format en utilisant le Teatrino comme support et point de départ de son installation.
Nous nous confrontons aujourd’hui à un autre détournement de cette œuvre objet. Car le Teatrino, en plus de posséder une longue histoire, est une création aux statuts multiples.
Fruit de l’invention du génial Blinky Palermo pendant ses années aux Beaux-Arts de Düsseldorf, il avait d’abord été baptisé « Théâtre pour Iris Jasmin ». Pierre Leguillon décide d’en récupérer la forme encore obscure au grand public et d’en faire la matière, prétexte à une série d’opérations brouillant le sens et les origines de ce qu’il rebaptise « Teatrino Palermo ». Plus que cela, en variant les modalités d’appréhension et d’usage de celui-ci, une série de questionnements émergent (de doutes même parfois ,disons-le !) quant aux conditions de monstration d’une œuvre, au temps de sa visibilité, mais aussi aux actes invisibles qui lui permettent d’être offerte au regard.

L’invisibilité donc, parlons-en… Nous sommes le 1er novembre, le musée est noir de monde. Dès l’ouverture à onze heures, les escalators sont chargés d’une masse de pèlerins de la création moderne et contemporaine. Un léger brouhaha se fait déjà entendre dans les salles de la collection permanente. Notre Teatrino est indiqué sur le programme comme étant déplacé en Salle 28, 5ème étage. Le dédale des salles nous soumet à un type particulier de chasse au trésor, c’est finalement ente le Delaunay et le Kirchner que se trouve l’accès au Teatrino. Il est bien là, bloquant le passage d’une des deux ouvertures de la salle, comme l’indiquait le prospectus. Coincé entre les deux cimaises perpendiculaires, la couleur grise se fondant avec la photo panorama de Eileen Gray lui permet de se camoufler discrètement. De l’autre côté, ce sont les toiles de Rouault qui se donnent à voir, si l’on fut curieux de l’envers du décor… Seulement, les visiteurs aperçoivent le Teatrino sans le comprendre, le regarder c’est une autre histoire. Le premier visiteur confie qu’il ne l’avait pas remarqué, puis un autre confirme. Non, il ne connaissait pas l’histoire de l’œuvre… Un troisième enfin ressent l’intervention de Beck comme étant « à la frontière du ludique et de l’invisible »…
Le Teatrino fait pourtant barrage, mais son emplacement n’autorise pas le jeu. Ici ni contournement ni bousculade. A force de remanier le sens, d’abuser du détournement, on est parfois confronté à un absurde sans écho.

Alys Demeure

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