20 NOVEMBRE / Comment dire les couleurs?

Teatrino Palermo, Philippe & Joseph Millot. Photo Bertrand Prevost © Centre Pompidou

Teatrino Palermo, Philippe & Joseph Millot. Photo Hervé Véronèse © Centre Pompidou

Centre Pompidou, Niveau 5, Salle n° 9. Encore un hommage à l’art de Blinky Palermo et encore une fenêtre ouverte sur un artiste formidable. Aujourd’hui le Teatrino/Palermo de Pierre Leguillon à pris, encore une fois, une nouvelle forme.
« Blau, Gelb » – bleu, jaune – c’est comme ça que Philippe Millot, le « dessinateur de livres », commence sa « cascade de couleurs » ; et ce sont les deux couleurs originelles qui teignaient le Teatrino original, le Théâtre de marionnettes pour Iris Jasmin Palermo de 1964.
Comment « dire » les couleurs? Dans le fac-simile de Clément Rodzielski situé entre Les disques dans la ville et le pot à tisane de Fernand Léger, le rouleau parlé de Millot se défait en parfait accordable, en une échelle de gris. «FA » « RB » « EN » : les couleurs sont évoquées par la voix du marionnettiste invisible, et des formes dessinées à l’encre de chine se manifestent à nous dans une élégance discrète. « Blau, Grün », « Rot, Blau », « Rot », « Weiß », « Cobaltblau », « Violettblau ». Ces mots en langue allemande, évoquent les titres des oeuvres que Palermo exposa en 1985 dans le Centre. Au bout du rouleau, Millot déplace le Teatrino/Palermo pour laisser la place à un intervenant insolite. C’est Joseph Millot, 8 ans, qui prend le relais. Dans un « piccolo Teatrino » (redondance qui rend la taille de ce support) l’action se répète avec la même précision : «Blau, Gelb », «FA-RB-EN »…Cette fois, par contre, la seule couleur présente n’est plus le noir de l’encre de chine mais un rouge primaire qui défile sous nos yeux et sous le récit de Joseph. Et c’est la qu’on découvre une magnifique « esthétique typographique » qui se révèle : blanc, noir, rouge ; cette performance se joue comme dans une page d’un livre de Armin Hofmann, artiste si cher à Millot. Une sorte de « page » d’interruption, de « calme typographique » parmi les toiles si denses de couleurs vives de Léger.
« Violettblau »: le deuxième Papyrus en miniature est terminé, le petit théâtre est sagement démonté en laissant un vide entre les deux tableaux de Léger. C’est déjà fini !

Giulia Andreani

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