24 octobre / Des frontières qui ne tiennent plus

vilamatas Enrique Vila-Matas et Michel Gauthier, Massoumeh Lahidji. Photo Laurent Friquet © Centre Pompidou

Renouant avec la pluridisciplinarité du Centre Pompidou, le nouveau festival se produit comme une forme élastique, car modulable à l’envie et évolutive, où le spectateur peut déambuler dans un espace toujours différent, animé par quantité de manifestations, explorant la richesse et la variété de la création contemporaine.
S’il est permis de souligner un événement de la somme de ceux proposés quotidiennement, celui de la journée du 24 octobre 2009 est bien la présence de l’écrivain espagnol Enrique Vila-Matas. L’immense auteur ouvrait le premier rendez-vous de « Rosebud », un programme de littérature conçu (et conduit) par Jean-Pierre Criqui et Michel Gauthier et offrant un espace de parole à des écrivains contemporains tenus d’apporter leur « Rosebud » (dans Citizen Kane, Orson Welles), un objet qui contient ou symbolise l’origine d’une œuvre, un objet qui offre une entrée possible. Enrique Vila-Matas choisit une valise, tenant à la fois d’une admiration pour la boîte en valise de Marcel Duchamp et aussi d’une allégorie du voyage, ceux que l’écrivain anticipe par l’écriture quand il décrit ses voyages avant de les avoir vécus. Les frontières entre le réel et la fiction sont minces et sont à considérer sur un même plan, celui de l’écriture. Le public fut nombreux et attentif, conscient d’assister à un évènement rare : une parole qui a fait le choix d’être discrète, et donc précieuse.
La question d’abolir les frontières est fondamentale dans la Compagnie du Zerep qui œuvre chaque jour dans l’espace 315. Il s’agit ici de créer une zone d’indistinction entre les genres (théâtre, music-hall, performance), les sources (il n’y a plus depuis longtemps de haute et basse culture : Gombrowicz et la variété italienne y sont traités de la même façon) et les goûts (le bon et le mauvais), de façon à offrir aux spectateurs une expérience insolite et drôle, régie par un principe d’épuisement parfaitement réjouissant.

Mathieu Loctin

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