26 octobre / La fiction de l’art

Philippe Thomas hv Philippe Thomas dans la conférence « Pour un art de société », au Centre Pompidou le 23 mars 1987. A droite la Bibliothèque de Heimo Zobernig, Galerie Sud. Photo Hervé Véronèse © Centre Pompidou

23 mars 1987, alors que je suis sur le point de naître, un certain Philippe Thomas, défie les limites de l’art en posant la question « Peut-on jouer dans le champ de l’art avec la littérature ? » Pour y répondre, il lui faudra prétexter tenir une conférence intitulée « Pour un art de société ». Devant lui, pendant une heure, une centaine de personnes tente de saisir une once de sens aux vérités philosophiques énoncées. L’intervention entièrement préméditée d’un spectateur mettra fin à la mascarade. Le texte qui vient d’être prononcé a toute l’apparence d’une conférence : un homme est assis derrière une table sur laquelle repose une carafe d’eau dont il ne fera rien et s’adresse à un public passif. Pourtant, Philippe Thomas n’est pas ici pour délivrer une vérité absolue portant sur « un art de société ». L’artiste vient tout simplement d’interpréter une scène de théâtre entièrement écrite pour lui par Daniel Bosser « Philippe Thomas décline son identité. Une pièce à conviction en un acte et trois tableaux ». Fiction ou réalité ? Le public est interloqué. Si cet événement n’était pas une conférence, faut-il remettre en cause le discours prononcé ? Le coup de théâtre donné par Philippe Thomas laisse perplexe. Puis les spectateurs commencent à comprendre. Et si, finalement, la conférence pouvait être un acte artistique ? Philippe Thomas a réussi son pari. La simple interrogation des spectateurs est une victoire. Jusqu’à sa mort en 1995, il « fictionnalisera » ainsi le monde l’art. Aujourd’hui, 22 ans plus tard, la séance de Speaker’s Corner N°1 du nouveau festival lui a rendu hommage en diffusant la vidéo de deux documents exceptionnels inédits de ses conférences-performances au Centre Pompidou et au Musée de Grenoble. Je viens tout juste de découvrir l’existence de l’art de la conférence-performance, un art à part entière… dans lequel l’œuvre de Philippe Thomas est encore bel et bien vivante.
Emmanuelle Floc’h

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