11 NOVEMBRE / La célébration par le rire

Publié le 11 novembre 2009 | Commentaires fermés

Compagnie Chiens de Navarre. Photo Jean – Claude Planchet © Centre Pompidou

Compagnie Chiens de Navarre. Photo Jean – Claude Planchet © Centre Pompidou

Invités aujourd’hui par la Compagnie du Zerep dans le programme de Beaubourg-la-reine, Les Chiens de Navarre ont proposé un spectacle qui confère à la représentation théâtrale le statut de pratique sportive.
Leur conception de la performance rejoint celle de la Compagnie de Sophie Perez et de Xavier Boussiron, à savoir une proposition qui serait en premier lieu athlétique plutôt qu’orale. Le corps avant le verbe, ici un cours de step avant la représentation dite classique.
Dans le rôle de quatre français, un allemand et un juif, la troupe entend célébrer l’armistice autour d’un verre de vin rouge avec leur création « 11 novembre etcetera ». Tout semble dérision dans ce jeu d’acteurs passant du rire aux larmes sans transition aucune.
Si l’armistice sert de prétexte à la célébration de la paix entre les peuples, ce spectacle laisse progressivement place à l’hystérie générale et aboutit à l’exclusion d’un personnage considéré comme différent. La facticité du discours inaugural sur l’amour entre les hommes se transforme en jeu de massacre, les acteurs vociférant leur haine de toute forme d’altérité. Elle peut être le fait d’une langue (l’allemand) ou d’un comportement jugé inconséquent (ici la communion avec le monde par une danse langoureuse). Néanmoins, nul discours sur l’état du monde et des rapports sociaux. Les acteurs prennent d’abord plaisir à caricaturer les attitudes chauvinistes.
Au final, aux hommages convenus du 11 novembre, on préférera plutôt retenir les images de l’impressionnante assemblée réunie dans l’espace 315.

Emmanuelle Floc’h et Mathieu Loctin

9 NOVEMBRE / A la Conciergerie : « Le sort probable de l’homme qui avait avalé le fantôme »…

Publié le 10 novembre 2009 | Commentaires fermés

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Vue de l’exposition « Le sort probable de l’homme qui avait avalé le fantôme » à la Conciergerie. Photo Didier Plowy© Conciergerie CMN

On pense à la Conciergerie comme à la dernière cellule de Marie-Antoinette, le public sera surpris d’y trouver jusqu’en décembre une histoire de fantômes un peu différente…
Ici la scénographie est stable, bien plantée grâce à une longue structure noire, mais la lumière respire, rendant l’atmosphère inquiétante. Sur cet élément central, entre socle géant et podium de défilé se succèdent des modèles, des mannequins figés, ou des objets ayant attrait au corps. Peut-être est-ce qu’on joue ici une exposition? On y voit s’y produire des acteurs immobiles, dans une mise en scène de Christian Rizzo, qui d’une discipline à l’autre, navigue du chorégraphe au commissaire d’exposition. Les rôles sont bousculés, ils se chevauchent et c’est d’ailleurs l’esprit du nouveau festival : la pluridisplinarité. On renverse les schémas préétablis qui scindent les champs pour les réunir et construire quelque chose d’autre.
C’est ce que l’on peut ressentir en visitant cette exposition. L’architecture de la salles des gardes met en valeur les œuvres des artistes (on citera Tomoaki Suzuki et ses petits personnages peints sur bois de tilleul : petits portraits d’une époque et d’une attitude, d’un genre ou bien Bless et sa brosse pleine de cheveux : objet hybride, comme extrait d’un conte fantastique). On se trouve alors dans une atmosphère proche de l’inquiétante étrangeté, inspirée par la littérature fantastique de la fin du 19ème siècle, les œuvres parlent tout en restant figées (à moins qu’elles ne se déplacent des qu’on a le dos tourné…). Mais toutes évoquent une réalité dont on peine à se souvenir.
Finalement le sort de cet homme est peut-être celui du spectateur absorbant et absorbé par ces œuvres, dans ce magnifique lieu hanté par l’histoire…

Magalie Meunier

8 NOVEMBRE / Michka Assayas Live au nouveau festival

Publié le 9 novembre 2009 | Commentaires fermés

_Michka Assayas Michka Assayas en live au nouveau festival , samedi 7 novembre dans Rosebud. Photo Laurent Friquet © Centre Pompidou

Michka Assayas Live : “It’s not rumor but something that I heard! »

Et oui ! Samedi soir Michka Assayas que l’on connaissait surtout pour ses critiques musicales mordantes dans Rock n’ Folk, Libé ou les Inrock, s’est produit sur le plateau de la galerie sud pour offrir au public un instant musical des plus rock !
Ayant passé des années en tant qu’archiviste et grand amateur de rock, il publie le Dictionnaire du Rock chez Robert Laffont en 2002 et un livre d’entretiens avec Bono le célèbre chanteur du groupe U2 en 2005. Aujourd’hui, Michka Assayas inverse les rôles et se place aujourd’hui sur le devant de la scène, sous l’œil critique du spectateur.

Au cours de l’entretien avec Jean-Pierre Criqui, il nous confie son Rosebud : une collection d’images telles des pochettes de vinyles (Black Sabbath, Tyrannosaurus Rex…) affiches de concerts, ou encore des notes écrites, qui constituent pour lui un monde influent et stimulant à la création.

Du critique révolté et assoiffé de nouveautés des années 80 et 90, il fut un des grands spécialistes de la New Wave (New Order, les Smiths, etc.) ou encore des Beach Boys, nous voyons à présent un personnage charmant et accrocheur dont la sensibilité et la modestie le rapprochent du public.

Finis les bavardages et place à la musique, à laquelle il s’initie comme amateur depuis quelques années en compagnie de Régis Creuzet à la guitare et de son fils Antoine à la batterie. Ce dernier, singulier personnage, un rebelle à la tête d’ange, donne une touche de fraîcheur au groupe et de quoi attirer un bon nombre de groupies !!!

Michka Assayas, bassiste, chanteur et compositeur nous propose une sélection de musiques au rythme entraînant et rock n’roll, qui présage au groupe, pour l’instant sans nom, un avenir prometteur. Le public quant à lui, un peu trop coincé et discipliné a tout de même apprécié la performance qui tout du long esquissait des petits mouvements timides au rythme des chansons. Soyons lucides, ce n’est pas tous les jours qu’un concert « live » a lieu en Galerie sud !!!

Camille Kotecki

7 NOVEMBRE / Il est important de penser.

Publié le 7 novembre 2009 | Commentaires fermés

S’aviez-vous qu’un kilo est plus lourd lorsqu’il est sale ? Ou même que le kilo peut avoir des gaz ? Et bien au nouveau festival aujourd’hui dans la petite salle on pouvait découvrir la véritable nature du kilo d’après le poète Christophe Tarkos. En effet, cette séance de « Bruits de bouches » était fort instructive, puisqu’elle nous présentait la compilation d’enregistrements dispersés inédits de performances et d’entretiens du poète intitulée Il est important de penser.
C’est Katalin Molnar avec l’aide de David Christoffel qui s’est attelée à rendre hommage à ce poète qui semble nous mener en bateau. Sans doute un peu trop pour certains…quelques visiteurs ont quitté discrètement la salle. Pourtant, le film ne faisait que commencer et ne laisser pas pressentir tout l’humour et la subtilité de ce génie de la poésie. Sa voix lente et saccadée avec son accent du soleil nous pousse à réfléchir sur l’absurdité et la rigidité du sens établi des mots. Tarkos est l’inventeur de la « pate-mot », qui lui permet de redistribuer le sens de la phrase et les associations de mots, il malaxe, mastique et recrache des phrases qui semblent totalement absurdes au premier abord comme si elles sortaient tout droit de la bouche d’un enfant. D’ailleurs, le film débute par la phrase « Nous sommes dans un monde magique », mais n’a-t-il pas raison, la vérité n’est-elle pas sous les illusions et les apparences des règles grammaticales et syntaxiques de la langue ?
Puis…le noir…un grand cri…des applaudissements, le public est convaincu, parlons un langage absurde !

Géraldine Lopez

6 Novembre / Plaidoirie in progress

Publié le 7 novembre 2009 | Commentaires fermés

Plaidoirie pour une jurisprudence. Photo Jean - Claude Planchet © Centre Pompidou.

Plaidoirie pour une jurisprudence. Photo Jean - Claude Planchet © Centre Pompidou.

Ce vendredi soir, sous la forme d’une plaidoirie, certes encore fictive mais bien plausible, le public du nouveau festival assistait au mariage monstrueux du droit et de l’art. Les outils du juriste étaient mis au service d’un projet esthétique : faire de la forme sèche et austère de la plaidoirie une véritable performance ; à l’inverse, le statut incontrôlable de l’art était utilisé à des fins politiques : enrayer l’écrasante machinerie juridique pour redonner à l’humain la place centrale qui lui est due.

Avec le concours de Sébastien Canevet et Sylvia Preuss-Laussinotte, juristes consultants devenus performers occasionnels, les artistes Patrick Bernier et Olive Martin travaillent depuis plusieurs années à l’élaboration d’un modèle de plaidoirie qui serait destiné à la défense d’étrangers sans papiers, afin d’empêcher légalement leur expulsion. C’est ce « Projet pour une jurisprudence » que les deux avocats ont rejoué ce soir.

Face au durcissement continuel du mal-nommé « droit » des étrangers, les quatre protagonistes proposent une forme de contestation autre que la lutte militante : délaissant les stratégies habituelles de défense qui peinent à aboutir, ils font un pas de côté, et piochent leurs ressources dans un autre droit, celui des auteurs. Ainsi, ils ont imaginé un dispositif selon lequel « X », un étranger en situation irrégulière, ne pourrait être expulsé s’il est reconnu comme auteur d’une œuvre « immatérielle, in progress, réalisée en collaboration avec Y, un auteur français ». Par le détour d’un droit d’auteur hyper-protectionniste, Bernier, Martin, Canevet et Preuss-Laussinotte s’attaquent à la grande bureaucratie du droit avec ses propres armes, pour faire en sorte que l’on redonne aux irréguliers la simple valeur d’êtres humains.

Ce soir, les multiples interventions du public qui ont suivi la performance témoignaient de la pertinence de celle-ci, du fait qu’elle touche un point sensible de notre temps ; on attend désormais avec impatience la véritable jurisprudence que cette plaidoirie pourrait susciter, comme un exemple hors du commun d’un art transformant la société.
A suivre…

Annabel Rioux

5 NOVEMBRE / C’est quoi la synesthésie ?

Publié le 6 novembre 2009 | Commentaires fermés

Parfums pourpres du soleil (Sound-color Synesthesia) 1. Photo Hervé Véronèse © Centre Pompidou

Parfums pourpres du soleil (Sound-color Synesthesia) 1. Photo Hervé Véronèse © Centre Pompidou

Le premier tableau vivant du nouveau festival vient d’être créé : le groupe de synesthètes dont Ulla von Brandenburg, Julien Discrit, Thomas Dupouy et Laurent Montaron, ont petit à petit construit une ambiance hypnotique propice à la méditation éveillée. Sur scène trois orgues et deux tables, la première était dotée d’innombrables cartes de toutes les couleurs, sur la deuxième, le noir. Le son commence, soutenu, les accords s’ajoutent au premier ton et augmentent la puissance de la musique envoûtante. Sur l’écran d’à côté des rectangles colorés apparaissent : crème, vert olive, bordeaux, bleu marine, noir ; correspondent- ils aux sons sombres que nous entendons ?
Il n’y a pas de respiration dans la musique et nous ne percevons à peine les différentes notes, le son nous englobe et nous entoure. L’artiste comprend pourtant qu’il est temps de balayer d’un mouvement rapide le tableau précédent, et laisse place au noir du début. Le rouge envahit, le noir l’assombrit, le jaune marque des points lumineux. Des courbes violettes, des taches orange, des empâtements presque, sont rediffusés sur le grand écran. Tout est fait d’un unique élément géométrique à partir duquel il est possible de composer des partitions de toutes formes. Nous continuons à nous demander quelle couleur est en rapport avec quel son… Mais voilà encore un tableau qui disparait dans son évolution laissant sa place à un nouveau. Nous avons vu une multiplicité d’images colorées, d’ambiances chromatiques qui changeaient non pas au rythme de la musique car elle n’en avait pas, mais au désir de l’artiste qui nous amena dans son interprétation des sons vers une constellation synesthétique. Une expérience à suivre jeudi prochain, à 18h en Galerie Sud…

Julia Villasenor

4 novembre / Un nouveau festival aussi pour les enfants !

Publié le 4 novembre 2009 | Commentaires fermés

Les ateliers Nomades. Photo Hervé Véronèse © Centre Pompidou

Les ateliers Nomades. Photo Hervé Véronèse © Centre Pompidou


Qui se rappelle de l’esprit de démocratisation de la culture lors de la création de Beaubourg il y a trente ans? L’objectif était de pouvoir rassembler tous les publics, notamment des enfants! Et oui… en fait déjà à la naissance du Centre Pompidou, en 1977, il y avait un espace destiné aux activités pour les plus jeunes, et le nouveau festival poursuit cette mission en proposant toujours à ses petits visiteurs un moment de créativité et de découverte. Les ateliers nomades, comme on les appelle, montrent que l’esprit initial du Centre n’a pas encore disparu!
Chaque jour, trois séances d’« Ateliers pour enfants », se sont déroulées autour de deux œuvres exposées dans la Galerie Sud, et dont The Light House de Jorge Pardo et le Mirror Carrousel de Carsten Holler.
Aujourd’hui, les enfants ont été accueillis par des animateurs qui leur ont expliqué le travail de Jorge Pardo sur l’espace et sa façon de créer des lieux fermés, protégés. Les tous petits ont observé une perception interne et externe à l’œuvre « rouge » de Pardo.
Les enfants ont été amenés à marcher entre les parapluies, puis ils se sont amusés à former un parcours par terre. A travers cette expérience, on leur fait comprendre l’importance des gestes, l’idée de pouvoir ou pas passer par certains endroits. Un des petits fera même le guide à ses petits copains entre cette « foule » de parapluies rouges, mais attention ! Parce qu’il y a des endroits où on ne peut pas passer… par contre il y en a d’autres où l’on peut se cacher, comme par exemple sous les parapluies ouverts. Et c’est à partir d’ici que les enfants vont créer un nouveau paysage, fabriquer un lieu magique dans lequel on peut bien se dissimuler. Ils construiront des petites cabanes avec les parapluies posés par terre ; ils devront partager cet endroit un peu spécial avec leurs amis. Ils ont tellement aimé leur petit espace, qu’ils voulaient même s’y endormir. C’est après avoir testé cet espace si confortable que les animateurs vont leur proposer de dessiner sur une carte postale rouge ce qu’ils ont ressenti, avant de sortir de leurs cabanes, sans les bouger. Et en sortant ils remarqueront comme le paysage qu’ils retrouvent a complètement changé, et ça vaut le coup d’y aller faire encore un tour!
Maintenant c’est le moment de la visite-découverte! Les bambins quittent leur atelier dans le Forum pour aller en Galerie Sud explorer à l’intérieur de l’œuvre originale de Jorge Pardo sous les yeux de tous les spectateurs du nouveau festival qui, eux aussi, ont bien envie de pénétrer à l’intérieur dans ce corridor si coloré et chaleureux!
Finalement, c’est le rire de ces petits explorateurs et leur enthousiasme pour cette expérience qui me fait penser que l’art devrait rentrer dans leur vie quotidienne, chaque jour, petit à petit !

Rosa Palmieri

2 NOVEMBRE / Ouvrez la boîte !

Publié le 3 novembre 2009 | Commentaires fermés

IMG_7985 bis Médiatrice devant la Painting Box de Zobernig, présentant l’oeuvre de Bernard Frize, Oma, 2007. Photo Hervé Véronèse © Centre Pompidou

Ouvrez la boite !

Approchez mesdames et messieurs, petits et grands, ne soyez pas timides !
Telle pourrait être la rengaine du médiateur posté à proximité de la Painting Box.
Cette structure grillagée où sont stockés des tableaux est l’œuvre de Heimo Zobernig, artiste dont le projet est de s’imprégner des lieux qu’il investit, et de produire un travail en relation avec ces espaces. Fidèle à la mémoire du Centre Pompidou, il a voulu rendre accessible au public les réserves d’œuvres comme ce fut le cas à son ouverture. Cette curieuse boite, semblable à une cage, est donc le souvenir d’un temps où le visiteur du musée pouvait voir une toile qui n’était pas exposée, où l’accrochage permanent du musée ne s’affirmait pas comme étant une vérité absolue. Chaque jour au nouveau festival, comme un rituel proclamant à ceux qui en doutaient que la peinture est toujours vivante, une toile est donc sortie de la Painting Box et exposée en attendant d’être commentée pendant la séance de Peinture parlée.
Grâce à cette œuvre de Zobernig, le médiateur a le pouvoir et le plaisir d’offrir une autre façon d’accéder aux œuvres d’art. Au visiteur dont les yeux s’écarquillent lorsqu’ il interroge timidement « Je peux ? », celui-ci répond d’un ton enjoué : « Bien sûr, laissez-moi vous expliquer ! ». Dès lors un groupe se forme très vite autour de ladite boite, où deux médiateurs officient tels un prestidigitateur et son assistante. Et le public réagit ! Des petites filles fascinées par Untitled de Heimo Zobernig dont les cristaux fragiles de Swarovski scintillent, aux amateurs éclairés qui avec sérieux et cérémonie demandent que leur soit présenté Robin Hood d’Alain Séchas en passant par des visiteurs, simplement ébahis et estomaqués qu’on les laisse s’approcher si près des œuvres, qui cherchent à en savoir plus, en demandant le titre de chaque tableau.
C’est donc un autre rapport à l’œuvre qui est ici proposé. Descendue de ses cimaises, disposée dans la Painting Box, la peinture semble tout d’un coup « à portée de main » des visiteurs. La peinture contemporaine est bien vivante et tangible. Elle impose et affirme à nouveau son pouvoir de fascination sur le public du festival.

Oriane Marre

1 novembre / Frontière de l’invisible ou absurde sans écho ?

Publié le 1 novembre 2009 | Commentaires fermés

Teatrino Palermo. Photo Hervé Véronèse © Centre Pompidou

Teatrino Palermo. Photo Hervé Véronèse © Centre Pompidou


Aujourd’hui le Teatrino Palermo de Pierre Leguillon était confié, comme prévu, à l’artiste autrichien Martin Beck.
Hier déjà, Cécile Bart en avait métamorphosé la fonction attendue. Loin du spectacle de marionnettes, elle proposa un accrochage de plusieurs de ses œuvres de petit format en utilisant le Teatrino comme support et point de départ de son installation.
Nous nous confrontons aujourd’hui à un autre détournement de cette œuvre objet. Car le Teatrino, en plus de posséder une longue histoire, est une création aux statuts multiples.
Fruit de l’invention du génial Blinky Palermo pendant ses années aux Beaux-Arts de Düsseldorf, il avait d’abord été baptisé « Théâtre pour Iris Jasmin ». Pierre Leguillon décide d’en récupérer la forme encore obscure au grand public et d’en faire la matière, prétexte à une série d’opérations brouillant le sens et les origines de ce qu’il rebaptise « Teatrino Palermo ». Plus que cela, en variant les modalités d’appréhension et d’usage de celui-ci, une série de questionnements émergent (de doutes même parfois ,disons-le !) quant aux conditions de monstration d’une œuvre, au temps de sa visibilité, mais aussi aux actes invisibles qui lui permettent d’être offerte au regard.

L’invisibilité donc, parlons-en… Nous sommes le 1er novembre, le musée est noir de monde. Dès l’ouverture à onze heures, les escalators sont chargés d’une masse de pèlerins de la création moderne et contemporaine. Un léger brouhaha se fait déjà entendre dans les salles de la collection permanente. Notre Teatrino est indiqué sur le programme comme étant déplacé en Salle 28, 5ème étage. Le dédale des salles nous soumet à un type particulier de chasse au trésor, c’est finalement ente le Delaunay et le Kirchner que se trouve l’accès au Teatrino. Il est bien là, bloquant le passage d’une des deux ouvertures de la salle, comme l’indiquait le prospectus. Coincé entre les deux cimaises perpendiculaires, la couleur grise se fondant avec la photo panorama de Eileen Gray lui permet de se camoufler discrètement. De l’autre côté, ce sont les toiles de Rouault qui se donnent à voir, si l’on fut curieux de l’envers du décor… Seulement, les visiteurs aperçoivent le Teatrino sans le comprendre, le regarder c’est une autre histoire. Le premier visiteur confie qu’il ne l’avait pas remarqué, puis un autre confirme. Non, il ne connaissait pas l’histoire de l’œuvre… Un troisième enfin ressent l’intervention de Beck comme étant « à la frontière du ludique et de l’invisible »…
Le Teatrino fait pourtant barrage, mais son emplacement n’autorise pas le jeu. Ici ni contournement ni bousculade. A force de remanier le sens, d’abuser du détournement, on est parfois confronté à un absurde sans écho.

Alys Demeure

31 octobre / La révélation du signe

Publié le 1 novembre 2009 | Commentaires fermés

Conférences-performances Guillaumes Désanges, Signs and Wonders, Halles de Schaerbeek 2008  © Centre Pompidou

Conférences-performances Guillaumes Désanges, Signs and Wonders, Halles de Schaerbeek 2008 © Centre Pompidou

Hier soir, réunis dans l’obscurité de la Petite salle cryptique du Centre Pompidou, les spectateurs du nouveau festival ont pu assister à la conférence-performance de Guillaume Desanges, Signs and wonders.
Après plus d’un an de recherche, le protagoniste de cette réunion secrète, d’un ton incantatoire, nous a initiés à la religion du signe. Du point au carré, en passant par la ligne, Guillaume Desanges retisse à sa façon le fil d’une Histoire de la sémiologie de l’art. De la secte des pythagoriciens, plaçant le point comme forme primordiale, à l’origine de toutes les autres, aux mystiques minimalistes, il n’y a qu’un pas. Ces derniers, dissimulés derrière l’objectité et le formalisme de leur art, encourage le primat de la rectitude, trace d’un rituel ésotérique de la modernité.
Contre cette religion officielle de la ligne et du carré, d’incurables hérétiques : Marcel Duchamp, bien sûr, et sa Roue de bicyclette, les acteurs de l’Excentric abstraction, ou encore Bruce Nauman.
Telle est donc la thèse de notre « prophète-performer », brillamment illustrée par son assistante. Lui, derrière son pupitre, elle, derrière un écran lumineux de rétroprojecteur, œuvre en silence. De ses petits doigts de fée naît une somptueuse fresque d’ombres chinoises, livre ouvert et vivant d’une Histoire de l’art pas comme les autres. Le discours du performer, relayé en images de dispositifs simples et ingénieux, appuie la démonstration et lui confère une étonnante force de conviction.
Sophiste doué, ayant investi pour un soir la caverne platonicienne, Guillaume Desanges nous laisse, après coup, le sentiment d’avoir assisté à la révélation d’une grande vérité.

Céline Dumas